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27 résultats pour « La Passion selon saint Jean »

Critique · Bérénice · Théâtre · Théâtre de la Ville-Sarah Bernhardt, Paris
À la racine : Bérénice ou la violence de la parole
Avec Bérénice, Romeo Castellucci soumet la tragédie de Racine à une expérience de séparation qui touche autant les personnages que le langage lui-même. Concentrant presque toute la représentation dans le corps et la voix d'Isabelle Huppert, il transforme l'alexandrin en une matière instable, travaillée par les métamorphoses sonores de Scott Gibbons. Les autres personnages deviennent des présences muettes, les objets se chargent d'une violence mystérieuse et les images résistent à toute explication définitive. Sous la rigueur de la parole classique affleurent les forces contradictoires du désir, du pouvoir et de la dépossession, jusqu'au moment où l'actrice demande au public de ne plus la regarder.
Par David Verdier·17 octobre 2026·9 min

Critique · Résurrection, Symphonie n° 2 · Opéra · Stadium de Vitrolles, Vitrolles
Le Chant de la terre
Dans le Stadium de Vitrolles, immense cube de béton noir rendu à la vie après vingt-quatre années d'abandon, Romeo Castellucci confronte la Symphonie "Résurrection" de Mahler à la découverte d'un charnier. Sur scène, des équipes humanitaires exhument méthodiquement plus d'une centaine de corps, accomplissant un rituel funèbre dont la dimension spirituelle surgit de la répétition des gestes. Entre la violence de l'Histoire, l'imaginaire religieux et les forces élémentaires de la nature, le metteur en scène italien prolonge la réflexion engagée avec son Requiem de Mozart. Sous la direction d'Esa-Pekka Salonen, l'Orchestre de Paris et ses chœurs donnent à cette expérience une ampleur exceptionnelle, malgré une sonorisation qui compromet parfois la rencontre entre la musique et le théâtre.
Par David Verdier·17 octobre 2026·16 min

Critique · Moses und Aron · Opéra · Komische Oper, Berlin
En attendant Yahvé
En associant l’absurde de Beckett aux illusions de la prestidigitation, Barrie Kosky fait de Moses und Aron une vertigineuse réflexion sur la foi, l’image et la mémoire du peuple juif. Créée à Berlin pour commémorer les soixante-dix ans de la libération d’Auschwitz, cette lecture du chef-d’œuvre inachevé de Schoenberg confronte la parole divine aux tragédies de l’Histoire. Porté par les interprétations remarquables de Robert Hayward et John Daszak, sous la direction de Vladimir Jurowski, un spectacle d’une intelligence et d’une puissance théâtrale exceptionnelles.
Par David Verdier·17 octobre 2026·18 min

Critique · La Flûte enchantée · Opéra · Opéra de Lille, Lille
La Flûte enchantée : l’heure du loup
Avec cette Flûte enchantée sous-titrée Le Chant de la Mère, Romeo Castellucci entraîne le chef-d’œuvre de Mozart dans un univers d’images où le merveilleux cède la place à une réflexion sur la maternité, la séparation et la violence des rites initiatiques. Entre splendeur baroque, géométrie obsessionnelle et irruption de corps meurtris, le metteur en scène italien construit un théâtre total qui bouleverse les conventions de l’opéra. À Lille, cette expérience aussi fascinante que déroutante s’impose comme l’une de ses propositions scéniques les plus accomplies.
Par David Verdier·17 octobre 2026·17 min

Critique · Jenůfa · Opéra · Opéra de Rouen Normandie, Rouen
Jenůfa : la mécanique du malheur
En transposant Jenůfa dans une usine textile de l’Europe postcommuniste, Calixto Bieito renouvelle profondément le regard porté sur le drame de Janáček. Derrière la brutalité de l’infanticide, il explore les secrets de la Kostelnička, les rapports de domination et les violences d’une société dont le prétendu matriarcat dissimule la permanence du pouvoir masculin. À l’Opéra de Rouen Normandie, cette production suffocante, portée par Natalya Romaniw, Christine Rice et Kyle van Schoonhoven, trouve dans la direction incandescente d’Antony Hermus un prolongement musical d’une rare intensité.
Par David Verdier·17 octobre 2026·15 min

Critique · Siegfried · Opéra · Opéra Bastille, Paris
La forêt des hypothèses
Troisième volet du Ring de Calixto Bieito à l'Opéra de Paris, Siegfried apparaît comme l'épisode le plus lisible et le plus homogène du cycle, sans pour autant dissiper les réserves suscitées par L'Or du Rhin et La Walkyrie. La forêt inversée et mutante de Rebecca Ringst, les créatures postapocalyptiques et les multiples références cinématographiques composent un univers où la nature semble avoir perdu ses lois. Plus stimulant que ses prédécesseurs, le spectacle demeure cependant prisonnier d'une dramaturgie qui accumule les hypothèses sans toujours parvenir à les transformer en véritables actes de théâtre. La soirée trouve sa plus grande force dans l'endurance phénoménale d'Andreas Schager et la solidité de Tamara Wilson, tandis que Pablo Heras-Casado confirme les progrès de sa direction sans réussir encore à donner à la partition tout son élan narratif.
Par David Verdier·17 octobre 2026·22 min

Critique · Die Walküre · Opéra · Opéra Bastille, Paris
La Walkyrie ou les images sans loi
Après un L'Or du Rhin prometteur mais musicalement décevant, La Walkyrie de Calixto Bieito était attendue comme le moment où le nouveau Ring parisien trouverait enfin sa cohérence. Elle en révèle surtout les contradictions : une accumulation impressionnante de signes, de projections et de références dont la puissance visuelle peine à nourrir véritablement le drame. Prisonniers de l'immense structure métallique de Rebecca Ringst, les personnages évoluent dans un univers dystopique où les images prolifèrent sans parvenir à construire une dramaturgie convaincante. La distribution réunit heureusement des interprètes de premier plan, notamment Christopher Maltman, remarquable Wotan de remplacement, Elza van den Heever en Sieglinde et Ève-Maud Hubeaux en Fricka. Quant à Pablo Heras-Casado, sa direction progresse sensiblement par rapport au prologue, sans trouver encore la respiration et l'incandescence que réclame Wagner.
Par David Verdier·17 octobre 2026·16 min

Critique · Das Rheingold · Opéra · Opéra Bastille, Paris
Prométhée enchaîné
Avec Das Rheingold, Calixto Bieito inaugure à l'Opéra de Paris une nouvelle Tétralogie dont le Walhalla prend les dimensions d'un gigantesque datacenter. Dans cet univers dominé par les technologies numériques, l'intelligence artificielle et les fantasmes transhumanistes, les dieux de Wagner deviennent les acteurs d'une humanité engagée dans la course à sa propre disparition. Entre mythologie, science-fiction et cinéma fantastique, le metteur en scène espagnol impose une lecture foisonnante, parfois désordonnée, mais d'une indéniable puissance théâtrale. La réussite scénique trouve son meilleur prolongement dans l'Alberich de Brian Mulligan et la remarquable Fricka d'Ève-Maud Hubeaux, tandis que le Wotan d'Iain Paterson et la direction trop prudente de Pablo Heras-Casado laissent une impression plus mitigée.
Par David Verdier·17 octobre 2026·12 min

Critique · Hamlet / Fantômes · Théâtre
Un Hamlet à l'os
Depuis quatre siècles, Hamlet n’en finit pas de hanter notre imaginaire. Personnage-monde, symptôme occidental, il résiste à toute interprétation. Kirill Serebrennikov ne cherche pas à le ressusciter mais à en ausculter le cadavre, à s’amuser avec ce corps mythique jusqu’à lui retourner la peau. Avec Hamlet / Fantômes, il signe un théâtre musical en dix visions hallucinées, un rituel expressionniste où se croisent Shakespeare, Artaud, Chostakovitch, Sarah Bernhardt et les spectres de nos propres mémoires de spectateurs. Porté par la musique de Blaise Ubaldini et l’énergie incandescente de l’Ensemble intercontemporain dirigé par Pierre Bleuse, le spectacle plonge dans la chair du texte jusqu’à l’écœurement. Un "Hamlet à l’os", traversé de sang, de néons et de silences, qui met en scène non pas la pièce, mais l’impossibilité même de la représenter.
Par David Verdier·17 octobre 2026·5 min