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Tout ce qui porte ce mot : critiques, fragments, citations, images, archives, références. La serendipité commence ici.

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Hamlet, la folie comme ultime refuge — Théâtre Les Gémeaux, Sceaux
Critique

Sceaux

Hamlet, la folie comme ultime refuge

Avec un Hamlet transformé en bouffon tragique, Thomas Ostermeier entraîne la tragédie de Shakespeare dans un univers de boue, de violence et de folie. Créée en 2008 au Festival d’Avignon, cette production de la Schaubühne de Berlin trouve en Lars Eidinger un interprète d’une virtuosité saisissante, capable de faire vaciller les frontières entre le personnage et l’acteur, entre la simulation et la démence. Une descente aux enfers où le grotesque devient l’expression la plus féroce du tragique.

Par David Verdier

Frank Castorf, Molière et la guerre des pouvoirs — Festival d’Avignon, Parc des expositions, Avignon
Critique

Avignon

Frank Castorf, Molière et la guerre des pouvoirs

Au terme de vingt-cinq années passées à la tête de la Volksbühne de Berlin, Frank Castorf retrouve le Festival d'Avignon avec une fresque théâtrale monumentale consacrée aux rapports entre l'artiste et le pouvoir. Convoquant Molière et Boulgakov, Louis XIV et Staline, le metteur en scène allemand déploie près de six heures d'un théâtre débridé, nourri de références littéraires, cinématographiques et politiques. Une dernière offensive contre les conformismes, portée par les acteurs d'une troupe devenue légendaire.

Par David Verdier

À la racine : Bérénice ou la violence de la parole — Théâtre de la Ville-Sarah Bernhardt, Paris
Critique

Paris

À la racine : Bérénice ou la violence de la parole

Avec Bérénice, Romeo Castellucci soumet la tragédie de Racine à une expérience de séparation qui touche autant les personnages que le langage lui-même. Concentrant presque toute la représentation dans le corps et la voix d'Isabelle Huppert, il transforme l'alexandrin en une matière instable, travaillée par les métamorphoses sonores de Scott Gibbons. Les autres personnages deviennent des présences muettes, les objets se chargent d'une violence mystérieuse et les images résistent à toute explication définitive. Sous la rigueur de la parole classique affleurent les forces contradictoires du désir, du pouvoir et de la dépossession, jusqu'au moment où l'actrice demande au public de ne plus la regarder.

Par David Verdier

Jenůfa : la mécanique du malheur — Opéra de Rouen Normandie, Rouen
Critique

Rouen

Jenůfa : la mécanique du malheur

En transposant Jenůfa dans une usine textile de l’Europe postcommuniste, Calixto Bieito renouvelle profondément le regard porté sur le drame de Janáček. Derrière la brutalité de l’infanticide, il explore les secrets de la Kostelnička, les rapports de domination et les violences d’une société dont le prétendu matriarcat dissimule la permanence du pouvoir masculin. À l’Opéra de Rouen Normandie, cette production suffocante, portée par Natalya Romaniw, Christine Rice et Kyle van Schoonhoven, trouve dans la direction incandescente d’Antony Hermus un prolongement musical d’une rare intensité.

Par David Verdier

Elias : la part d'ombre du prophète — Opéra de Lyon, Lyon
Critique

Lyon

Elias : la part d'ombre du prophète

En reprenant pour les fêtes de fin d'année l'Elias de Mendelssohn dans la mise en scène créée par Calixto Bieito au Theater an der Wien en 2019, l'Opéra de Lyon propose une lecture d'une intensité théâtrale exceptionnelle. Loin de toute illustration pieuse du récit biblique, le metteur en scène espagnol interroge les contradictions d'un prophète partagé entre sa mission spirituelle, le doute et la tentation d'un pouvoir absolu. Portée par un Derek Welton de premier ordre et une distribution particulièrement homogène, cette fresque d'une violence saisissante trouve dans la direction enflammée de Constantin Trinks et l'engagement impressionnant du Chœur de l'Opéra de Lyon les moyens d'une réussite majeure.

Par David Verdier

La fin est dans le commencement — La Monnaie, Bruxelles
Critique

Bruxelles

La fin est dans le commencement

Avec Das Rheingold, Romeo Castellucci ouvre à La Monnaie de Bruxelles une Tétralogie conçue comme une vaste cérémonie des origines et de la disparition. Puisant dans la philosophie de Schopenhauer, les mystères d'Éleusis et une iconographie qui traverse les siècles, il transforme le prologue wagnérien en une succession de tableaux où le pouvoir, le désir et la malédiction de l'or prennent une dimension rituelle. Cette lecture d'une extraordinaire richesse visuelle, dont l'abondance symbolique menace parfois la continuité dramatique, trouve son pendant musical dans la direction attentive d'Alain Altinoglu. Entre fascination plastique et réserves vocales, un spectacle dont les premières images contiennent déjà la promesse du crépuscule des dieux.

Par David Verdier

Die Walküre : le feu sous la glace — Théâtre royal de la Monnaie, Bruxelles
Critique

Bruxelles

Die Walküre : le feu sous la glace

Après un Rheingold dont la puissance visuelle et dramaturgique avait révélé les ambitions de sa lecture du Ring, Romeo Castellucci poursuit à Bruxelles son exploration de l'univers wagnérien avec une Walküre d'une intensité glaciale. Renonçant aux effets spectaculaires attendus, le metteur en scène italien déploie une réflexion vertigineuse sur la filiation, le sacrifice et le renoncement, superposant aux mythes germaniques les références à Empédocle, au bouddhisme, aux traditions bibliques, à Dostoïevski et à Nietzsche. Une entreprise fascinante par la densité de ses propositions, dont la rigueur formelle n'exclut jamais la violence des images. La réalisation musicale demeure plus contrastée, avec une distribution inégale dominée par la Brünnhilde d'Ingela Brimberg. À la tête d'un remarquable Orchestre symphonique de la Monnaie, Alain Altinoglu privilégie une lecture attentive aux équilibres et à la prosodie, au risque de contenir parfois l'incandescence du drame.

Par David Verdier

Prométhée enchaîné — Opéra Bastille, Paris
Critique

Paris

Prométhée enchaîné

Avec Das Rheingold, Calixto Bieito inaugure à l'Opéra de Paris une nouvelle Tétralogie dont le Walhalla prend les dimensions d'un gigantesque datacenter. Dans cet univers dominé par les technologies numériques, l'intelligence artificielle et les fantasmes transhumanistes, les dieux de Wagner deviennent les acteurs d'une humanité engagée dans la course à sa propre disparition. Entre mythologie, science-fiction et cinéma fantastique, le metteur en scène espagnol impose une lecture foisonnante, parfois désordonnée, mais d'une indéniable puissance théâtrale. La réussite scénique trouve son meilleur prolongement dans l'Alberich de Brian Mulligan et la remarquable Fricka d'Ève-Maud Hubeaux, tandis que le Wotan d'Iain Paterson et la direction trop prudente de Pablo Heras-Casado laissent une impression plus mitigée.

Par David Verdier

La Walkyrie ou les images sans loi — Opéra Bastille, Paris
Critique

Paris

La Walkyrie ou les images sans loi

Après un L'Or du Rhin prometteur mais musicalement décevant, La Walkyrie de Calixto Bieito était attendue comme le moment où le nouveau Ring parisien trouverait enfin sa cohérence. Elle en révèle surtout les contradictions : une accumulation impressionnante de signes, de projections et de références dont la puissance visuelle peine à nourrir véritablement le drame. Prisonniers de l'immense structure métallique de Rebecca Ringst, les personnages évoluent dans un univers dystopique où les images prolifèrent sans parvenir à construire une dramaturgie convaincante. La distribution réunit heureusement des interprètes de premier plan, notamment Christopher Maltman, remarquable Wotan de remplacement, Elza van den Heever en Sieglinde et Ève-Maud Hubeaux en Fricka. Quant à Pablo Heras-Casado, sa direction progresse sensiblement par rapport au prologue, sans trouver encore la respiration et l'incandescence que réclame Wagner.

Par David Verdier