Zweig
Gewalt
Alles, was dieses Wort trägt: Kritiken, Fragmente, Zitate, Bilder, Archive, Referenzen. Die Serendipität beginnt hier.
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Sceaux
Hamlet, la folie comme ultime refuge
Avec un Hamlet transformé en bouffon tragique, Thomas Ostermeier entraîne la tragédie de Shakespeare dans un univers de boue, de violence et de folie. Créée en 2008 au Festival d’Avignon, cette production de la Schaubühne de Berlin trouve en Lars Eidinger un interprète d’une virtuosité saisissante, capable de faire vaciller les frontières entre le personnage et l’acteur, entre la simulation et la démence. Une descente aux enfers où le grotesque devient l’expression la plus féroce du tragique.
Von David Verdier

Paris
Le Passé : la beauté des mondes disparus
Avec Le Passé, Julien Gosselin délaisse les grands romans contemporains qui ont fait sa réputation pour explorer l'univers de Léonid Andréïev, écrivain russe hanté par la folie, la violence et la disparition. Entremêlant théâtre, cinéma tourné en direct et musique électronique, il construit autour du destin tragique d'Ékatérina Ivanovna une fresque d'une intensité exceptionnelle, où les images du passé semblent revenir hanter le présent. Porté par une Victoria Quesnel bouleversante, ce spectacle vertigineux interroge les conventions de la représentation, les puissances destructrices du désir et la mémoire d'un monde disparu.
Von David Verdier

Montpellier
Printemps des Comédiens : le sang, les morts, les ancêtres et la cité
La 37e édition du Printemps des Comédiens s'ouvre à Montpellier sur une succession de propositions qui interrogent, chacune à leur manière, les démons du passé et les inquiétudes du présent. Avec Extinction, Julien Gosselin livre une fresque monumentale puisant chez Thomas Bernhard, Arthur Schnitzler et Hugo von Hofmannsthal les signes d'une Europe hantée par son histoire. Ivo van Hove confronte deux œuvres d'Ingmar Bergman, Après la répétition et Persona, dans un diptyque d'une beauté glacée, dominé par Emmanuelle Bercot. Deux autres spectacles, Même si le monde meurt de Laurent Gaudé et Rapport pour une académie de Kafka, prolongent cette réflexion sur les limites de l'humanité et les mécanismes de sa destruction. Quatre expériences théâtrales, entre fascination et réserves, qui donnent à cette ouverture de festival une densité singulière.
Von David Verdier

Strasbourg
Les tables de la Loi et du mystère
Une vingtaine d'hommes en uniforme de policiers américains, soumis à des ordres qu'ils découvrent au moment de les exécuter : avec BROS, Romeo Castellucci transforme la scène en un étrange laboratoire de l'obéissance. Entre références bibliques, rites initiatiques et tableaux empruntés à l'histoire de l'art, le metteur en scène italien explore les relations entre la Loi, le pouvoir et la soumission volontaire. Porté par l'univers sonore oppressant de Scott Gibbons, ce théâtre des signes et des apparences place l'acteur dans une situation d'abandon où l'action précède la pensée. Une expérience aussi déroutante que fascinante, qui interroge jusqu'aux fondements de la représentation.
Von David Verdier

Strasbourg
Pelléas et Mélisande : les ténèbres d’Allemonde
Dans un décor abstrait où les personnages semblent prisonniers d’une mécanique implacable, Barrie Kosky transforme Pelléas et Mélisande en une tragédie familiale d’une violence insoupçonnée. Loin des brumes symbolistes et des séductions du merveilleux, le metteur en scène révèle les pulsions, les secrets et les rapports de domination qui hantent l’univers de Maeterlinck et Debussy. À l’Opéra national du Rhin, Anne-Catherine Gillet donne à cette Mélisande singulière une présence bouleversante, au cœur d’un spectacle aussi dérangeant que fascinant.
Von David Verdier

Paris
La Passion selon saint Jean : une humanité sans Dieu
Privée de public par la crise sanitaire, la Passion selon saint Jean de Bach mise en scène par Calixto Bieito au Théâtre du Châtelet ne nous est parvenue qu'à travers une captation vidéo. Créée à Bilbao en 2018, cette Passion d'une beauté austère et d'une violence saisissante transforme le récit évangélique en une tragédie profondément humaine. Dans un espace presque vide, traversé par les corps, la terre et le sang, Bieito interroge les mécanismes de la croyance, de la trahison et du sacrifice, donnant à la musique de Bach les dimensions d'un théâtre de la cruauté où l'absence de Dieu devient le véritable sujet du drame.
Von David Verdier

Rouen
Jenůfa : la mécanique du malheur
En transposant Jenůfa dans une usine textile de l’Europe postcommuniste, Calixto Bieito renouvelle profondément le regard porté sur le drame de Janáček. Derrière la brutalité de l’infanticide, il explore les secrets de la Kostelnička, les rapports de domination et les violences d’une société dont le prétendu matriarcat dissimule la permanence du pouvoir masculin. À l’Opéra de Rouen Normandie, cette production suffocante, portée par Natalya Romaniw, Christine Rice et Kyle van Schoonhoven, trouve dans la direction incandescente d’Antony Hermus un prolongement musical d’une rare intensité.
Von David Verdier

Paris
Don Giovanni : entre chien et loup
Quinze ans après sa création au Festival de Salzbourg, le Don Giovanni de Claus Guth fait enfin son apparition sur la scène de l'Opéra Bastille. Dans une forêt nocturne aux dimensions monumentales, le metteur en scène allemand transforme le chef-d'œuvre de Mozart en une longue agonie, celle d'un libertin mortellement blessé dès les premières minutes du drame. Cette lecture d'une fascinante noirceur, portée par un Peter Mattei magistral et un Alex Esposito d'une remarquable intensité théâtrale, trouve dans les lumières d'Olaf Winter une profondeur presque métaphysique. Mais la direction capricieuse d'Antonello Manacorda et une distribution féminine inégale laissent une impression musicale plus contrastée que ne le promet la puissance du spectacle.
Von David Verdier

Lyon
Elias : la part d'ombre du prophète
En reprenant pour les fêtes de fin d'année l'Elias de Mendelssohn dans la mise en scène créée par Calixto Bieito au Theater an der Wien en 2019, l'Opéra de Lyon propose une lecture d'une intensité théâtrale exceptionnelle. Loin de toute illustration pieuse du récit biblique, le metteur en scène espagnol interroge les contradictions d'un prophète partagé entre sa mission spirituelle, le doute et la tentation d'un pouvoir absolu. Portée par un Derek Welton de premier ordre et une distribution particulièrement homogène, cette fresque d'une violence saisissante trouve dans la direction enflammée de Constantin Trinks et l'engagement impressionnant du Chœur de l'Opéra de Lyon les moyens d'une réussite majeure.
Von David Verdier