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Kritik · Requiem · Oper · Théâtre de l’Archevêché, Aix-en-Provence
Une Divine Comédie : le théâtre des disparitions
Spectacle profondément baroque, italien et religieux, le Requiem de Mozart imaginé par Romeo Castellucci transforme la liturgie des morts en une cérémonie des disparitions. La danse, les corps et les images composent un rituel où l'extinction des espèces, des civilisations et des croyances répond à la promesse chrétienne de la vie éternelle. L'une des propositions les plus marquantes du Festival d'Aix-en-Provence 2019, dont la puissance repose sur l'exceptionnel engagement vocal et physique du Chœur Pygmalion. Sous la direction de Raphaël Pichon, cette rencontre entre musique et théâtre invente une expérience singulière, malgré quelques déséquilibres et une conclusion qui referme trop explicitement les mystères du spectacle.
Von David Verdier·17. Oktober 2026·8 Min.

Kritik · Das Rheingold · Oper · La Monnaie, Bruxelles
La fin est dans le commencement
Avec Das Rheingold, Romeo Castellucci ouvre à La Monnaie de Bruxelles une Tétralogie conçue comme une vaste cérémonie des origines et de la disparition. Puisant dans la philosophie de Schopenhauer, les mystères d'Éleusis et une iconographie qui traverse les siècles, il transforme le prologue wagnérien en une succession de tableaux où le pouvoir, le désir et la malédiction de l'or prennent une dimension rituelle. Cette lecture d'une extraordinaire richesse visuelle, dont l'abondance symbolique menace parfois la continuité dramatique, trouve son pendant musical dans la direction attentive d'Alain Altinoglu. Entre fascination plastique et réserves vocales, un spectacle dont les premières images contiennent déjà la promesse du crépuscule des dieux.
Von David Verdier·17. Oktober 2026·19 Min.

Kritik · Die Walküre · Oper · Théâtre royal de la Monnaie, Bruxelles
Die Walküre : le feu sous la glace
Après un Rheingold dont la puissance visuelle et dramaturgique avait révélé les ambitions de sa lecture du Ring, Romeo Castellucci poursuit à Bruxelles son exploration de l'univers wagnérien avec une Walküre d'une intensité glaciale. Renonçant aux effets spectaculaires attendus, le metteur en scène italien déploie une réflexion vertigineuse sur la filiation, le sacrifice et le renoncement, superposant aux mythes germaniques les références à Empédocle, au bouddhisme, aux traditions bibliques, à Dostoïevski et à Nietzsche. Une entreprise fascinante par la densité de ses propositions, dont la rigueur formelle n'exclut jamais la violence des images. La réalisation musicale demeure plus contrastée, avec une distribution inégale dominée par la Brünnhilde d'Ingela Brimberg. À la tête d'un remarquable Orchestre symphonique de la Monnaie, Alain Altinoglu privilégie une lecture attentive aux équilibres et à la prosodie, au risque de contenir parfois l'incandescence du drame.
Von David Verdier·17. Oktober 2026·26 Min.

Kritik · Dialogues des Carmélites · Oper · Opéra national de Nancy-Lorraine, Nancy
La foi, les images et le couperet
Créée à Rouen en 2025, la mise en scène des Dialogues des Carmélites de Tiphaine Raffier s'impose à Nancy comme l'une des lectures les plus marquantes de l'ouvrage de Poulenc. En faisant de Blanche une jeune fille nourrie d'images religieuses et de rêves héroïques, la metteuse en scène construit un parcours où l'intimité des corps se heurte progressivement à la violence de l'Histoire. Portée par une scénographie d'une grande intelligence dramatique, cette production trouve dans l'exceptionnelle Blanche d'Hélène Carpentier, la grâce de Michèle Bréant et la direction sensible de Marc Leroy-Calatayud une intensité qui dépasse largement les mérites d'une simple reprise.
Von David Verdier·17. Oktober 2026·20 Min.

Kritik · Il trittico · Oper · Opéra Bastille, Paris
Trois femmes, une seule voix
Créée au Festival de Salzbourg en 2022, la production d'Il trittico de Christof Loy trouve à l'Opéra Bastille sa principale raison d'être dans l'extraordinaire performance d'Asmik Grigorian, qui interprète successivement Lauretta, Giorgetta et Suor Angelica. En inversant l'ordre traditionnel des trois opéras, le metteur en scène allemand construit une progression dramatique et vocale qui place la figure féminine au centre du triptyque. Si la sobriété de sa lecture confine parfois à une neutralité décevante, la qualité de la distribution, la direction de Carlo Rizzi et surtout l'incandescence de la soprano lituanienne font de cette soirée l'un des grands événements de la saison parisienne.
Von David Verdier·17. Oktober 2026·7 Min.

Kritik · Résurrection, Symphonie n° 2 · Oper · Stadium de Vitrolles, Vitrolles
Le Chant de la terre
Dans le Stadium de Vitrolles, immense cube de béton noir rendu à la vie après vingt-quatre années d'abandon, Romeo Castellucci confronte la Symphonie "Résurrection" de Mahler à la découverte d'un charnier. Sur scène, des équipes humanitaires exhument méthodiquement plus d'une centaine de corps, accomplissant un rituel funèbre dont la dimension spirituelle surgit de la répétition des gestes. Entre la violence de l'Histoire, l'imaginaire religieux et les forces élémentaires de la nature, le metteur en scène italien prolonge la réflexion engagée avec son Requiem de Mozart. Sous la direction d'Esa-Pekka Salonen, l'Orchestre de Paris et ses chœurs donnent à cette expérience une ampleur exceptionnelle, malgré une sonorisation qui compromet parfois la rencontre entre la musique et le théâtre.
Von David Verdier·17. Oktober 2026·16 Min.

Kritik · Das Rheingold · Oper · Opéra Bastille, Paris
Prométhée enchaîné
Avec Das Rheingold, Calixto Bieito inaugure à l'Opéra de Paris une nouvelle Tétralogie dont le Walhalla prend les dimensions d'un gigantesque datacenter. Dans cet univers dominé par les technologies numériques, l'intelligence artificielle et les fantasmes transhumanistes, les dieux de Wagner deviennent les acteurs d'une humanité engagée dans la course à sa propre disparition. Entre mythologie, science-fiction et cinéma fantastique, le metteur en scène espagnol impose une lecture foisonnante, parfois désordonnée, mais d'une indéniable puissance théâtrale. La réussite scénique trouve son meilleur prolongement dans l'Alberich de Brian Mulligan et la remarquable Fricka d'Ève-Maud Hubeaux, tandis que le Wotan d'Iain Paterson et la direction trop prudente de Pablo Heras-Casado laissent une impression plus mitigée.
Von David Verdier·17. Oktober 2026·12 Min.

Kritik · Die Walküre · Oper · Opéra Bastille, Paris
La Walkyrie ou les images sans loi
Après un L'Or du Rhin prometteur mais musicalement décevant, La Walkyrie de Calixto Bieito était attendue comme le moment où le nouveau Ring parisien trouverait enfin sa cohérence. Elle en révèle surtout les contradictions : une accumulation impressionnante de signes, de projections et de références dont la puissance visuelle peine à nourrir véritablement le drame. Prisonniers de l'immense structure métallique de Rebecca Ringst, les personnages évoluent dans un univers dystopique où les images prolifèrent sans parvenir à construire une dramaturgie convaincante. La distribution réunit heureusement des interprètes de premier plan, notamment Christopher Maltman, remarquable Wotan de remplacement, Elza van den Heever en Sieglinde et Ève-Maud Hubeaux en Fricka. Quant à Pablo Heras-Casado, sa direction progresse sensiblement par rapport au prologue, sans trouver encore la respiration et l'incandescence que réclame Wagner.
Von David Verdier·17. Oktober 2026·16 Min.

Kritik · Siegfried · Oper · Opéra Bastille, Paris
La forêt des hypothèses
Troisième volet du Ring de Calixto Bieito à l'Opéra de Paris, Siegfried apparaît comme l'épisode le plus lisible et le plus homogène du cycle, sans pour autant dissiper les réserves suscitées par L'Or du Rhin et La Walkyrie. La forêt inversée et mutante de Rebecca Ringst, les créatures postapocalyptiques et les multiples références cinématographiques composent un univers où la nature semble avoir perdu ses lois. Plus stimulant que ses prédécesseurs, le spectacle demeure cependant prisonnier d'une dramaturgie qui accumule les hypothèses sans toujours parvenir à les transformer en véritables actes de théâtre. La soirée trouve sa plus grande force dans l'endurance phénoménale d'Andreas Schager et la solidité de Tamara Wilson, tandis que Pablo Heras-Casado confirme les progrès de sa direction sans réussir encore à donner à la partition tout son élan narratif.
Von David Verdier·17. Oktober 2026·22 Min.