Zweig
Rituel
Alles, was dieses Wort trägt: Kritiken, Fragmente, Zitate, Bilder, Archive, Referenzen. Die Serendipität beginnt hier.
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Strasbourg
Les tables de la Loi et du mystère
Une vingtaine d'hommes en uniforme de policiers américains, soumis à des ordres qu'ils découvrent au moment de les exécuter : avec BROS, Romeo Castellucci transforme la scène en un étrange laboratoire de l'obéissance. Entre références bibliques, rites initiatiques et tableaux empruntés à l'histoire de l'art, le metteur en scène italien explore les relations entre la Loi, le pouvoir et la soumission volontaire. Porté par l'univers sonore oppressant de Scott Gibbons, ce théâtre des signes et des apparences place l'acteur dans une situation d'abandon où l'action précède la pensée. Une expérience aussi déroutante que fascinante, qui interroge jusqu'aux fondements de la représentation.
Von David Verdier

Lille
La Flûte enchantée : l’heure du loup
Avec cette Flûte enchantée sous-titrée Le Chant de la Mère, Romeo Castellucci entraîne le chef-d’œuvre de Mozart dans un univers d’images où le merveilleux cède la place à une réflexion sur la maternité, la séparation et la violence des rites initiatiques. Entre splendeur baroque, géométrie obsessionnelle et irruption de corps meurtris, le metteur en scène italien construit un théâtre total qui bouleverse les conventions de l’opéra. À Lille, cette expérience aussi fascinante que déroutante s’impose comme l’une de ses propositions scéniques les plus accomplies.
Von David Verdier

Paris
Don Giovanni : entre chien et loup
Quinze ans après sa création au Festival de Salzbourg, le Don Giovanni de Claus Guth fait enfin son apparition sur la scène de l'Opéra Bastille. Dans une forêt nocturne aux dimensions monumentales, le metteur en scène allemand transforme le chef-d'œuvre de Mozart en une longue agonie, celle d'un libertin mortellement blessé dès les premières minutes du drame. Cette lecture d'une fascinante noirceur, portée par un Peter Mattei magistral et un Alex Esposito d'une remarquable intensité théâtrale, trouve dans les lumières d'Olaf Winter une profondeur presque métaphysique. Mais la direction capricieuse d'Antonello Manacorda et une distribution féminine inégale laissent une impression musicale plus contrastée que ne le promet la puissance du spectacle.
Von David Verdier

Aix-en-Provence
Une Divine Comédie : le théâtre des disparitions
Spectacle profondément baroque, italien et religieux, le Requiem de Mozart imaginé par Romeo Castellucci transforme la liturgie des morts en une cérémonie des disparitions. La danse, les corps et les images composent un rituel où l'extinction des espèces, des civilisations et des croyances répond à la promesse chrétienne de la vie éternelle. L'une des propositions les plus marquantes du Festival d'Aix-en-Provence 2019, dont la puissance repose sur l'exceptionnel engagement vocal et physique du Chœur Pygmalion. Sous la direction de Raphaël Pichon, cette rencontre entre musique et théâtre invente une expérience singulière, malgré quelques déséquilibres et une conclusion qui referme trop explicitement les mystères du spectacle.
Von David Verdier

Bruxelles
La fin est dans le commencement
Avec Das Rheingold, Romeo Castellucci ouvre à La Monnaie de Bruxelles une Tétralogie conçue comme une vaste cérémonie des origines et de la disparition. Puisant dans la philosophie de Schopenhauer, les mystères d'Éleusis et une iconographie qui traverse les siècles, il transforme le prologue wagnérien en une succession de tableaux où le pouvoir, le désir et la malédiction de l'or prennent une dimension rituelle. Cette lecture d'une extraordinaire richesse visuelle, dont l'abondance symbolique menace parfois la continuité dramatique, trouve son pendant musical dans la direction attentive d'Alain Altinoglu. Entre fascination plastique et réserves vocales, un spectacle dont les premières images contiennent déjà la promesse du crépuscule des dieux.
Von David Verdier

Bruxelles
Die Walküre : le feu sous la glace
Après un Rheingold dont la puissance visuelle et dramaturgique avait révélé les ambitions de sa lecture du Ring, Romeo Castellucci poursuit à Bruxelles son exploration de l'univers wagnérien avec une Walküre d'une intensité glaciale. Renonçant aux effets spectaculaires attendus, le metteur en scène italien déploie une réflexion vertigineuse sur la filiation, le sacrifice et le renoncement, superposant aux mythes germaniques les références à Empédocle, au bouddhisme, aux traditions bibliques, à Dostoïevski et à Nietzsche. Une entreprise fascinante par la densité de ses propositions, dont la rigueur formelle n'exclut jamais la violence des images. La réalisation musicale demeure plus contrastée, avec une distribution inégale dominée par la Brünnhilde d'Ingela Brimberg. À la tête d'un remarquable Orchestre symphonique de la Monnaie, Alain Altinoglu privilégie une lecture attentive aux équilibres et à la prosodie, au risque de contenir parfois l'incandescence du drame.
Von David Verdier

Vitrolles
Le Chant de la terre
Dans le Stadium de Vitrolles, immense cube de béton noir rendu à la vie après vingt-quatre années d'abandon, Romeo Castellucci confronte la Symphonie "Résurrection" de Mahler à la découverte d'un charnier. Sur scène, des équipes humanitaires exhument méthodiquement plus d'une centaine de corps, accomplissant un rituel funèbre dont la dimension spirituelle surgit de la répétition des gestes. Entre la violence de l'Histoire, l'imaginaire religieux et les forces élémentaires de la nature, le metteur en scène italien prolonge la réflexion engagée avec son Requiem de Mozart. Sous la direction d'Esa-Pekka Salonen, l'Orchestre de Paris et ses chœurs donnent à cette expérience une ampleur exceptionnelle, malgré une sonorisation qui compromet parfois la rencontre entre la musique et le théâtre.
Von David Verdier