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27 résultats pour « Dialogues des Carmélites »

Critique · La Passion selon saint Jean · Opéra · Théâtre du Châtelet, Paris
La Passion selon saint Jean : une humanité sans Dieu
Privée de public par la crise sanitaire, la Passion selon saint Jean de Bach mise en scène par Calixto Bieito au Théâtre du Châtelet ne nous est parvenue qu'à travers une captation vidéo. Créée à Bilbao en 2018, cette Passion d'une beauté austère et d'une violence saisissante transforme le récit évangélique en une tragédie profondément humaine. Dans un espace presque vide, traversé par les corps, la terre et le sang, Bieito interroge les mécanismes de la croyance, de la trahison et du sacrifice, donnant à la musique de Bach les dimensions d'un théâtre de la cruauté où l'absence de Dieu devient le véritable sujet du drame.
Par David Verdier·17 octobre 2026·16 min

Critique · Pelléas et Mélisande · Théâtre · Athénée Théâtre Louis-Jouvet, Paris
Rubber fantaisie : Pelléas au fond de l'aquarium
Une piscine abandonnée, des créatures amphibies et une musique électronique aux résonances psychédéliques : le Pelléas et Mélisande imaginé par Julien Chavaz, Nicole Morel et Nicholas Stücklin entraîne Maeterlinck dans un univers aquatique où les mots semblent se dissoudre à mesure qu'ils sont prononcés. Entre conte halluciné et expérience sensorielle, cette adaptation du drame symboliste joue avec les voix, les corps et les références à Debussy. Une fantaisie plastique et musicale dont l'inventivité séduisante peine toutefois à conjurer les longueurs.
Par David Verdier·17 octobre 2026·9 min

Critique · Elias · Opéra · Opéra de Lyon, Lyon
Elias : la part d'ombre du prophète
En reprenant pour les fêtes de fin d'année l'Elias de Mendelssohn dans la mise en scène créée par Calixto Bieito au Theater an der Wien en 2019, l'Opéra de Lyon propose une lecture d'une intensité théâtrale exceptionnelle. Loin de toute illustration pieuse du récit biblique, le metteur en scène espagnol interroge les contradictions d'un prophète partagé entre sa mission spirituelle, le doute et la tentation d'un pouvoir absolu. Portée par un Derek Welton de premier ordre et une distribution particulièrement homogène, cette fresque d'une violence saisissante trouve dans la direction enflammée de Constantin Trinks et l'engagement impressionnant du Chœur de l'Opéra de Lyon les moyens d'une réussite majeure.
Par David Verdier·17 octobre 2026·24 min

Critique · Siegfried · Opéra · Opéra Bastille, Paris
La forêt des hypothèses
Troisième volet du Ring de Calixto Bieito à l'Opéra de Paris, Siegfried apparaît comme l'épisode le plus lisible et le plus homogène du cycle, sans pour autant dissiper les réserves suscitées par L'Or du Rhin et La Walkyrie. La forêt inversée et mutante de Rebecca Ringst, les créatures postapocalyptiques et les multiples références cinématographiques composent un univers où la nature semble avoir perdu ses lois. Plus stimulant que ses prédécesseurs, le spectacle demeure cependant prisonnier d'une dramaturgie qui accumule les hypothèses sans toujours parvenir à les transformer en véritables actes de théâtre. La soirée trouve sa plus grande force dans l'endurance phénoménale d'Andreas Schager et la solidité de Tamara Wilson, tandis que Pablo Heras-Casado confirme les progrès de sa direction sans réussir encore à donner à la partition tout son élan narratif.
Par David Verdier·17 octobre 2026·22 min

Critique · Moses und Aron · Opéra · Komische Oper, Berlin
En attendant Yahvé
En associant l’absurde de Beckett aux illusions de la prestidigitation, Barrie Kosky fait de Moses und Aron une vertigineuse réflexion sur la foi, l’image et la mémoire du peuple juif. Créée à Berlin pour commémorer les soixante-dix ans de la libération d’Auschwitz, cette lecture du chef-d’œuvre inachevé de Schoenberg confronte la parole divine aux tragédies de l’Histoire. Porté par les interprétations remarquables de Robert Hayward et John Daszak, sous la direction de Vladimir Jurowski, un spectacle d’une intelligence et d’une puissance théâtrale exceptionnelles.
Par David Verdier·17 octobre 2026·18 min

Critique · Il trittico · Opéra · Opéra Bastille, Paris
Trois femmes, une seule voix
Créée au Festival de Salzbourg en 2022, la production d'Il trittico de Christof Loy trouve à l'Opéra Bastille sa principale raison d'être dans l'extraordinaire performance d'Asmik Grigorian, qui interprète successivement Lauretta, Giorgetta et Suor Angelica. En inversant l'ordre traditionnel des trois opéras, le metteur en scène allemand construit une progression dramatique et vocale qui place la figure féminine au centre du triptyque. Si la sobriété de sa lecture confine parfois à une neutralité décevante, la qualité de la distribution, la direction de Carlo Rizzi et surtout l'incandescence de la soprano lituanienne font de cette soirée l'un des grands événements de la saison parisienne.
Par David Verdier·17 octobre 2026·7 min

Critique · Jeanne d’Arc au bûcher · Opéra · Opéra de Lyon, Lyon
Jeanne d’Arc au bûcher : le corps, les voix et les fantômes de l’Histoire
Dans une salle de classe qui se transforme peu à peu en paysage mental, Romeo Castellucci réinvente la figure de Jeanne d’Arc, loin des représentations convenues de la sainte et de son martyre. Portée par l’extraordinaire Audrey Bonnet et la direction musicale de Kazushi Ono, cette création lyonnaise fait de l’oratorio de Claudel et Honegger une expérience théâtrale d’une rare intensité.
Par David Verdier·17 octobre 2026·6 min

Critique · Hamlet · Théâtre · Théâtre Les Gémeaux, Sceaux
Hamlet, la folie comme ultime refuge
Avec un Hamlet transformé en bouffon tragique, Thomas Ostermeier entraîne la tragédie de Shakespeare dans un univers de boue, de violence et de folie. Créée en 2008 au Festival d’Avignon, cette production de la Schaubühne de Berlin trouve en Lars Eidinger un interprète d’une virtuosité saisissante, capable de faire vaciller les frontières entre le personnage et l’acteur, entre la simulation et la démence. Une descente aux enfers où le grotesque devient l’expression la plus féroce du tragique.
Par David Verdier·17 octobre 2026·6 min

Critique · Hamlet / Fantômes · Théâtre
Un Hamlet à l'os
Depuis quatre siècles, Hamlet n’en finit pas de hanter notre imaginaire. Personnage-monde, symptôme occidental, il résiste à toute interprétation. Kirill Serebrennikov ne cherche pas à le ressusciter mais à en ausculter le cadavre, à s’amuser avec ce corps mythique jusqu’à lui retourner la peau. Avec Hamlet / Fantômes, il signe un théâtre musical en dix visions hallucinées, un rituel expressionniste où se croisent Shakespeare, Artaud, Chostakovitch, Sarah Bernhardt et les spectres de nos propres mémoires de spectateurs. Porté par la musique de Blaise Ubaldini et l’énergie incandescente de l’Ensemble intercontemporain dirigé par Pierre Bleuse, le spectacle plonge dans la chair du texte jusqu’à l’écœurement. Un "Hamlet à l’os", traversé de sang, de néons et de silences, qui met en scène non pas la pièce, mais l’impossibilité même de la représenter.
Par David Verdier·17 octobre 2026·5 min