Ramification
Mort
Tout ce qui porte ce mot : critiques, fragments, citations, images, archives, références. La serendipité commence ici.
Article

Montpellier
Printemps des Comédiens : le sang, les morts, les ancêtres et la cité
La 37e édition du Printemps des Comédiens s'ouvre à Montpellier sur une succession de propositions qui interrogent, chacune à leur manière, les démons du passé et les inquiétudes du présent. Avec Extinction, Julien Gosselin livre une fresque monumentale puisant chez Thomas Bernhard, Arthur Schnitzler et Hugo von Hofmannsthal les signes d'une Europe hantée par son histoire. Ivo van Hove confronte deux œuvres d'Ingmar Bergman, Après la répétition et Persona, dans un diptyque d'une beauté glacée, dominé par Emmanuelle Bercot. Deux autres spectacles, Même si le monde meurt de Laurent Gaudé et Rapport pour une académie de Kafka, prolongent cette réflexion sur les limites de l'humanité et les mécanismes de sa destruction. Quatre expériences théâtrales, entre fascination et réserves, qui donnent à cette ouverture de festival une densité singulière.
Par David Verdier

Strasbourg
Pelléas et Mélisande : les ténèbres d’Allemonde
Dans un décor abstrait où les personnages semblent prisonniers d’une mécanique implacable, Barrie Kosky transforme Pelléas et Mélisande en une tragédie familiale d’une violence insoupçonnée. Loin des brumes symbolistes et des séductions du merveilleux, le metteur en scène révèle les pulsions, les secrets et les rapports de domination qui hantent l’univers de Maeterlinck et Debussy. À l’Opéra national du Rhin, Anne-Catherine Gillet donne à cette Mélisande singulière une présence bouleversante, au cœur d’un spectacle aussi dérangeant que fascinant.
Par David Verdier

Paris
Don Giovanni : entre chien et loup
Quinze ans après sa création au Festival de Salzbourg, le Don Giovanni de Claus Guth fait enfin son apparition sur la scène de l'Opéra Bastille. Dans une forêt nocturne aux dimensions monumentales, le metteur en scène allemand transforme le chef-d'œuvre de Mozart en une longue agonie, celle d'un libertin mortellement blessé dès les premières minutes du drame. Cette lecture d'une fascinante noirceur, portée par un Peter Mattei magistral et un Alex Esposito d'une remarquable intensité théâtrale, trouve dans les lumières d'Olaf Winter une profondeur presque métaphysique. Mais la direction capricieuse d'Antonello Manacorda et une distribution féminine inégale laissent une impression musicale plus contrastée que ne le promet la puissance du spectacle.
Par David Verdier

Aix-en-Provence
Une Divine Comédie : le théâtre des disparitions
Spectacle profondément baroque, italien et religieux, le Requiem de Mozart imaginé par Romeo Castellucci transforme la liturgie des morts en une cérémonie des disparitions. La danse, les corps et les images composent un rituel où l'extinction des espèces, des civilisations et des croyances répond à la promesse chrétienne de la vie éternelle. L'une des propositions les plus marquantes du Festival d'Aix-en-Provence 2019, dont la puissance repose sur l'exceptionnel engagement vocal et physique du Chœur Pygmalion. Sous la direction de Raphaël Pichon, cette rencontre entre musique et théâtre invente une expérience singulière, malgré quelques déséquilibres et une conclusion qui referme trop explicitement les mystères du spectacle.
Par David Verdier

Paris
Trois femmes, une seule voix
Créée au Festival de Salzbourg en 2022, la production d'Il trittico de Christof Loy trouve à l'Opéra Bastille sa principale raison d'être dans l'extraordinaire performance d'Asmik Grigorian, qui interprète successivement Lauretta, Giorgetta et Suor Angelica. En inversant l'ordre traditionnel des trois opéras, le metteur en scène allemand construit une progression dramatique et vocale qui place la figure féminine au centre du triptyque. Si la sobriété de sa lecture confine parfois à une neutralité décevante, la qualité de la distribution, la direction de Carlo Rizzi et surtout l'incandescence de la soprano lituanienne font de cette soirée l'un des grands événements de la saison parisienne.
Par David Verdier

Vitrolles
Le Chant de la terre
Dans le Stadium de Vitrolles, immense cube de béton noir rendu à la vie après vingt-quatre années d'abandon, Romeo Castellucci confronte la Symphonie "Résurrection" de Mahler à la découverte d'un charnier. Sur scène, des équipes humanitaires exhument méthodiquement plus d'une centaine de corps, accomplissant un rituel funèbre dont la dimension spirituelle surgit de la répétition des gestes. Entre la violence de l'Histoire, l'imaginaire religieux et les forces élémentaires de la nature, le metteur en scène italien prolonge la réflexion engagée avec son Requiem de Mozart. Sous la direction d'Esa-Pekka Salonen, l'Orchestre de Paris et ses chœurs donnent à cette expérience une ampleur exceptionnelle, malgré une sonorisation qui compromet parfois la rencontre entre la musique et le théâtre.
Par David Verdier